La France ne tiendra pas son objectif de réduction par 4 d'émissions de CO2 d'ici 2050 et devra, pour les diviser par 2,1 voire 2,4, aller plus loin que les propositions du Grenelle de
l'environnement.
"Les différents scénarios ne conduisent pas à diviser les émissions de gaz carbonique en 2050 par plus de 2,1 à 2,4 par rapport à celles de 1990", affirme un rapport du Centre d'analyse
stratégique (ex-Plan).
D'après son auteur, Jean Syrota, président de la commission énergie du CAS, la France ne devrait cependant pas être tenue de réduire ses émissions autant que ses partenaires européens, vu la part
importante du nucléaire qui a quasiment "décarboné" sa production d'électricité.
"La division par environ 2,5 des émissions de CO2 en France permettrait d’atteindre l’objectif du +facteur 4+ au niveau européen", inscrit dans une loi française du 13 juillet 2005.
Cela "conduirait à une situation équitable, avec des émissions par habitant qui seraient, en 2050, les mêmes pour tous les citoyens de l’Union européenne" (UE), estime le rapport.
Pour la France comme pour ses voisins européens, parvenir à réduire les émissions de CO2 en période de croissance économique comme prévu en 2050 va nécessiter "une politique très ambitieuse", a
souligné Jean Syrota dans un entretien à l'AFP.
"Si l'on veut aller vers le facteur 4 européen, il faut sans tarder engager une politique ferme comme jamais on en a engagée même après le premier choc pétrolier en 1974", a-t-il insisté.
Sans dire si l'Allemagne allait devoir avoir recours au nucléaire pour atteindre ses objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, alors qu'une partie de sa population s'oppose à
l'atome, il a souligné les limites de la politique énergétique actuelle outre-Rhin.
Les Allemands "veulent développer largement les énergies renouvelables, mais avec cela dans leurs prévisions actuelles ils arrivent à des émissions de CO2 en 2050 qui sont très élevées" par
rapport à celles de la France, a noté M. Syrota.
Le rapport prône des solutions qui vont plus loin que celles des groupes de travail du Grenelle de l'environnement fin septembre.
Il recommande notamment de développer les énergies renouvelables, mais de maintenir le nucléaire en développant des réacteurs de quatrième génération, alors que cette question fait toujours débat
au sein du Grenelle.
Il propose d'arrêter les investissements dans les biocarburants de première génération qui n'utilisent pas toute la plante et demande des surfaces cultivables importantes, au risque de faire
monter les prix des denrées alimentaires.Ce sujet oppose, au Grenelle, certains acteurs et les agriculteurs.
Autre proposition radicale, le rapport suggère d'augmenter la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), ce qui renchérira le litre d'essence de 3 centimes et celui du gazole de 5
centimes, ou encore de mettre en place des péages urbains comme à Londres.
Modérant la portée de son rapport, qui devait être remis à Matignon mais qui a finalement été publié sur le site du CAS après des informations de presse, M. Syrota a insisté sur le fait que ce
rapport s'était voulu réaliste et avait écarté des solutions "drastiques comme le rationnement".
Les associations écologistes ont dénoncé le "faux pragmatisme" et le "manque d'ambition" du rapport pour réduire les émissions de CO2. Pour M. Syrota, ce rapport "sera un élément de réflexion de
plus dans le cadre du Grenelle".
REAGISSONS ENSEMBLE !